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----------------point de vue par Pierre MATTHIEU -------6 ième dan- -------------------- enseignant au Judo Club Lugdunum à Lyon |
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AIKIDO , UN ART BASE SUR LA NON VIOLENCE Suite 4: En quoi cet art martial est-il non-violent ? Quel message social propose-t-il ? Maintenant que nous avons un peu fait le tour du domaine et précisé les points les plus importants qui conditionnent la pratique, j’aimerais revenir sur le propos de départ de mon article, et préciser en quoi L’Aïkido est véritablement « non-violent ». Que masque ou au contraire que dévoile cette philosophie de la non violence qui peut, à juste titre, sembler un peu paradoxale voire franchement contradictoire dans le cas d’un art martial. On sait, bien sûr, que l’Aïkido refuse toute pratique en compétition, qu’il s’oppose surtout à l’esprit de compétition, sa finalité n’étant pas de se mesurer à plus fort ou plus faible que soi, mais, au contraire, de sortir du cercle de la rivalité car ce cercle s’emballe trop facilement devenant engrenage de la violence. L’Aïkido propose un travail qui commence de façon classique par une opposition, le « défenseur » venant à la rencontre de la contrainte de l’attaque, mais qui se prolonge par un mouvement conjoint des deux pratiquants, l’un contrôlant le déséquilibre - qu’il n’a pas choisi - grâce au contact, l’autre conduisant le geste comme un cavalier dirige sa monture. Le développement de la technique, quand elle est bien exécutée, n’est pas vécu comme une contrainte subie ni même comme une contrainte imposée par l’un des pratiquants à l’autre. C’est une articulation transitoire entre les deux qui les relie de façon naturelle dans un même geste pour peu qu’ils s’engagent l’un et l’autre avec détermination dans la rencontre initiale. Cette transition suffit pour débloquer la situation ou plus précisément pour l’ouvrir au moment ou elle allait se fermer, pour desserrer la contrainte. Tori peut alors conclure par une projection ou par un contrôle suivi d’une immobilisation au sol mais dans les deux cas sans dommage pour l’attaquant. L’attaque est une tentative de fermeture mais elle comporte nécessairement une ouverture préalable. Il faut bien amorcer l’attaque, ouvrir sa position avant de la refermer sur la cible (c’est du moins le cas avec les attaques corporelles et à l’arme blanche). Toute attaque est d’abord une faiblesse, elle est même une faiblesse avant d’être une force. Et c’est précisément sur ce point de faiblesse que s’articulent toutes les techniques de combat, les stratégies de guerre et même certaines techniques de chasse (la chasse au tigre par exemple où l’on incite le fauve à sauter en attaque pour dresser un pieu dans lequel il va s’empaler). A partir de là les voies divergent. D’une façon tout à fait générale les pratiques martiales utilisent cette « vision » du « trou » de l’attaque pour s’y engouffrer, pour marquer le point. Mais marquer le point n’est, en définitive, pas autre chose qu’attaquer (…), c’est une fermeture. L’Aïkido propose une réponse originale : il pointe également l’ouverture de l’attaque mais il ne la sanctionne pas, il s’arrange au contraire pour la révéler (au public le cas échéant, mais avant tout à l’attaquant lui-même !), en maintenant l’ouverture jusqu’au bout. C’est en cela précisément que l’Aïkido se montre non-violent. Quand on est présent au centre de l’attaque et disponible sans préjugé, il n’y a pas d’attaque il n’y a que des ouvertures, des opportunités à conduire. On entre dans un mouvement qui commence en dehors de soi, on s’articule le plus souplement possible avec lui et on le laisse continuer sa course en dehors de soi. C’est du moins l’idéal vers lequel tend à nous conduire la pratique de l’Aïkido, idéal qui semble néanmoins avoir été très bien vu et compris par son fondateur Morhei Ushiba et probablement beaucoup moins bien par nombre de ses successeurs mais c’est une autre histoire. Par le choix de son orientation non-violente et surtout par la grande cohérence de la logique interne de son fonctionnement qui le démontre, l’Aïkido développe dans sa pratique un lien social réel. Il propose une véritable pédagogie sociale : on apprend sans fausse connivence, sans opposition stérile à entrer dans le mouvement de l’autre en l’acceptant, puis en le réorientant sans dommage. Ce n’est pas une contrainte et ce n’est pas une passivité, chacun doit s’adapter à l’autre car c’est véritablement un mouvement d’ensemble, une unité qui est proposée dans chaque technique. C’est une conjugaison, pas une fusion, chacun entre dans la technique puis en sort librement. La rencontre est parfois fugace, parfois prolongée mais elle n’a lieu que s’il y a une intention de part et d’autre. La difficulté mais aussi la richesse vient de là : le travail de la technique n’est qu’une préparation, le véritable travail est celui de la rencontre. La réponse est à vivre chaque fois au temps présent, il faut la réinventer, elle est originale parce qu’il n’y a pas deux fois la même attaque, mais surtout parce que l’on est pas là pour sélectionner la meilleure opportunité – c’est nécessairement le cas dans toutes les disciplines martiales orientées vers la compétition -.Ici toutes les opportunités sont bonnes à prendre où du moins sont une occasion de s’exercer à ajuster la réponse, à trouver la « bonne » réponse. Le véritable travail est celui de la rencontre. Des rencontres qui ne sont jamais les mêmes, qui déconcertent souvent tant elles remettent facilement en cause ce qu’on croyait acquis. Des rencontres parfois tellement réussies qu’elles déconcertent d’une autre manière : on se trouve pris dans un mouvement que l’on n’a pas véritablement décidé et qui passe tout seul, comme s’il n’y avait rien d’autre à faire qu’à observer. L’unité de la technique qui propose une véritable rencontre entre les pratiquants est une spécificité de l’Aïkido.
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PIERRE MATTHIEU ,le 1er Mars 2009 |
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